2024, oil on canvas, 70x40 cm
“La peinture très colorée de Madeleine Roger-Lacan se veut hybride, dense, foisonnante. Elle joue de confrontations d’éléments fragmentés et de natures hétérogènes. Ici, des souvenirs d’une réalité intime, profonde. Là des échos au flux incessant d’imageries populaires, au monde contemporain dans ce qu’il a de superficiel et de divertissant. Il y a dans le travail de Madeleine Roger-Lacan quelque chose qui est de l’ordre de la séduction, de la superficialité, du zappage permanent. Une sorte d’intensité colorée, de charge baroque, qui répond à une nécessité pour l’artiste de vivre intensément son rapport au monde. Intense amour des gens et attrait pour les objets. Mais cette prolifération exubérante porte aussi l’envers de l’absence, du vide, de la mort. « Quand je peins, je veux créer un choc perceptif qui s’adresse directement au monde intérieur profond du spectateur. La désorientation qui l’accompagne fait écho au mystère de chaque être », confie l’artiste. Hétérogène, morcelé, l’univers coloré de Madeleine Roger-Lacan se donne comme une rêverie qui travaille sur l’érotique de l’inconscient et la nature ambivalente du désir. Entre réalité physique des choses et illusion fantasmatique.”
Amélie Adamo, 2023
« Patience and slowness are necessary to dreaminess» said Bachelard.
Fragments of a profound and personal reality aggregates to my experiences of a contemporary world in its most entertaining, superficial, artificial aspects. We can blame the shallowness of this world in saturated colours, but it has always attracted me for its ceaseless movement and its irresistible visual and sentimental seduction. It resonates with my need to intensely experience events, encounters, desire, love.The absence created by death also led me to make paintings to fill the void or try to put an image on it.
When I paint I want to create a perceptive shock that addresses directly to the viewer’s deep inner world. The disorientation that comes with it echoes the mystery of every being . Patience and slowness are maybe also necessary to look at my paintings.
I want the viewer to dream and dialog alone with the materiality and the forms born in each « painting-event ». Therefore, the initial dreaminess starts a new cycle and creates a dialog of intimate freedom.
Madeleine Roger Lacan, January 2021
Madeleine‘s work is painting, which for her is not limited to two dimensions in a rectangle. It is rather a process in which her own paintings become raw material for new combinations. In courageous acts of controlled destruction she might cut up a delicate portrait, which she has just finished, to paste the face onto another canvas where it starts a conversation in its new environment. She might cut a hole to let us see the unglamorous stretcher bars and the thinness of the canvas or she might nail another painting onto the canvas. Objects get fixed to the surface. Everything changes its form, everything becomes material, changes configurations and starts to expand in the space. Language makes its way into the paintings, spreading out over walls, poetic, disturbing or funny, you have the choice.
In a playful way the condition of painting becomes a central theme, as does the process of making art, by leaving the traces of all the different stages of her work visible in the final result. If there is a final result, as everything might change again in the next outing of the work in another exhibition. But all this reflection on the nature of painting is not just self- sufficient theory but in startling symbiosis with her reflections on life. With unconditional openness and no fear of embarrassment she paints about herself, about life, love and death in the age of the internet.
Tim Eitel, 2019
Madeleine Roger-Lacan a choisi d’être un peintre « expérimenteur ». Elle se nourrit d’un amoncellement d’idées et de chemins qui peuvent paraître parfois éclectiques – objets, bouée trouvée sur internet, photos, découpes, draps de lit, un miroir et son reflet. Du coté de l’histoire de l’art, elle cite la grande peinture de Poussin, l’univers de Gilles Aillaud, les pliages d’Hantai, les américains Rothko, Pollock ou Rauschenberg et le groupe BMTP. Et aussi des femmes artistes comme Niki de Saint Phalle ou les plus contemporaines Nicole Einsenman et Dana Schutz.
Si son travail joue avec la figuration, il en prend toutes les audaces et les libertés. Proches pour certaines toiles du surréalisme belge avec Magritte en référence, ses tableaux possèdent la même fronde, la même ironie et le même esprit de révolte, que l’artiste cultive au moyen d’un travail de sape et de détournement tout en insistant sur la matérialité du support. Ce sont des jeux d’assemblage qui maltraitent la toile – comme d’ailleurs le papier – pour l’affranchir de l’image peinte et en faire surgir la dualité d’un palimpseste, comme un récit intime toujours réécrit.
La peinture figurative de Madeleine Roger-Lacan, en effet, se charge plus d’affectivité que d’histoires. L’artiste travaille sur les images que véhicule sa mémoire, comme sur un matériau relevant d’un fond commun. Elle construit patiemment un réseau de cheminements aléatoires où l’oeil prend plaisir à s’égarer et à vouloir en démêler les sources et les sens. Les couleurs dissimulent de subtiles textures. A terme, les peintures sont surprenantes, très personnelles, manifestant la volonté de circonvenir une image prétexte pour faire exploser une constante remise en question de la peinture.
Françoise Docquiert, 2019
Chose rare pour des tableaux, les œuvres de Madeleine Roger Lacan s’affranchissent des cadres. Songes, souvenirs et réalité dansent de concert dans ses autoportraits et scènes de genre. Plus encore, l’artiste semble les réactualiser à chaque exposition : les cimaises deviennent ainsi les prolongements de ces mélanges d’hallucinations et d’espoirs. Dans des accrochages aussi fins que justes, elle questionne le statut de la peinture à l’heure où les modes filent comme les images sur Instagram. Madeleine Roger Lacan offre à la vue la complexité des désirs humains où l’absence de l’être désiré occupe une immense place, sans pour autant qu’elle ne soit palpable par autrui. Entre jeux de mots érotiques et mélancolie sur la disparition, ses toiles qui associent souvent junk food et corps humains offrent une réflexion sur la consommation des choses et des chairs. La piscine – pas aussi californienne que celle de David Hockney mais pas indemne non plus des clichés qu’elle transporte – y occupe une place centrale : on y plonge comme dans un rêve : avec plaisir et effroi.
Charlotte Cosson & Emmanuelle Luciani 2019