About

 

Born in 1993 in Paris, France

Lives and works in Pantin, France

Contact: madeleine.rogerlacan@gmail.com

“Peintre de l’intime : voici un des qualificatifs qui revient pour parler de la peinture de Madeleine Roger-Lacan. Cette intimité d’habitude prisonnière de nos chambres, Madeleine en a fait un lieu ouvert et joueur, où les conventions picturales s’effondrent pour laisser libre cours aux fantasmes et à cette passion de les suivre à la trace. « Who needs a God when you have a man » écrit Madeleine sur l’une de ses toiles, dans cette écriture fine et ambiguë où se révèlent les destins parfois sombres de l’amour et de la passion. Car dans le monde festif de Madeleine Roger-Lacan apparaissent au loin des larmes, des drames et des vides irremplaçables.

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On dit que les premières réalisations d’un artiste dévoilent toutes ses recherches futures. La femme montagne, tableau finalisé il y 8 ans, est celui qui a pris pour la première fois le nom d’œuvre dans la vie de la peintre, après de nombreuses années de recherche. Cette sorte de Venus d’Urbin aux hanches immenses inquiète. Sûrement à cause de ce trou, taillé dans la toile à la place d’un visage absent, interdit. Premier témoignage de cet art de la découpe radicale, prélude à ce qui deviendra une véritable esthétique de l’artiste : provoquer la toile, la percer, la recomposer. L’atelier se fait lui-même le signe de ce travail physique où les fragments sont rois, bouts d’œuvre en cours d’assemblage, prêts à chercher leur destin : « Il y a cette circulation entre mes différentes recherches ».

Pour la jeune peintre, cette étrange habitude de malmener la toile associe un sens inquiet de la recherche à une véritable liberté qu’elle a trouvé loin de l’académisme français : « je peignais des choses puis je les détruisais, je recouvrais de peinture puis je découpais, tout ce répertoire de gestes je l’ai mis en place dans mes trois premières années aux Beaux-arts. Et puis, lorsque je suis partie vivre quelques temps à Londres, j’ai commencé vraiment à utiliser la peinture comme quelque chose pour livrer une expérience intime. Je pense qu’avant, je n’étais pas encore prête à ça… »

Est-ce à Londres que Madeleine a découvert le travail de l’artiste anglaise Tracey Emin, qu’elle admire tant ? Une autre artiste chez qui les mots lourds, tranchants, charnels, transforment en méditation le spectacle des corps effondrés dans le rouge du sexe et des fluides. « Dans Tracey Emin, j’ai trouvé de quoi enlever toutes les entraves pudiques qui pourraient empêcher de partager une expérience humaine. »
Comme chez la peintre britannique, Madeleine a fait de la sexualité un thème fondamental : vagins et verges fleurissent, sans provocation toutefois. Son érotisme indique une expérience fondamentale plutôt qu’un désir de troubler. Et c’est toutes les ambiguïtés propres au sexe qui forment la richesse de ses tableaux, ouverts aux émotions les plus contraires : la séduction, la pulsion, la fusion, mais aussi la peur, le dégout, la cruauté et finalement le fond comique de l’expérience d’un corps nu.

« C’est une façon d’explorer surtout comment la conscience fonctionne, ces strates de désir, de mots, de pensées… Le mot “mind” en anglais parle mieux que conscience, d’ailleurs. » On tente une traduction en français : mémoire, esprit… Rien à faire, l’équivalent ne vient pas. Mais on comprend que le « mind » de Madeleine ne se vit que dans l’altérité, dans cette présence invisible, énorme et fragile, que les corps créent entre eux, sans quoi il n’y aurait ni deuils, ni joies extrêmes, ni mémoire aucune. Des sensations trop fortes peut-être pour les contenir dans une forme fixe et systématique… Alors, pour elle qui ne sait peindre sans avoir physiquement vécu ce qu’elle veut représenter, Madeleine laisse « les sujets imposer leur propre cadre », sa seule méthode pour parler d’un choc invisible qu’elle souhaite retrouver dans la peinture, justifiant ce découpage et réassemblage de la toile pratiqué comme une méditation prolongée autour d’une sensation première. “

Charles Mouliès, 2025

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“La peinture très colorée de Madeleine Roger-Lacan se veut hybride, dense, foisonnante. Elle joue de confrontations d’éléments fragmentés et de natures hétérogènes. Ici, des souvenirs d’une réalité intime, profonde. Là des échos au flux incessant d’imageries populaires, au monde contemporain dans ce qu’il a de superficiel et de divertissant. Il y a dans le travail de Madeleine Roger-Lacan quelque chose qui est de l’ordre de la séduction, de la superficialité, du zappage permanent. Une sorte d’intensité colorée, de charge baroque, qui répond à une nécessité pour l’artiste de vivre intensément son rapport au monde. Intense amour des gens et attrait pour les objets. Mais cette prolifération exubérante porte aussi l’envers de l’absence, du vide, de la mort. « Quand je peins, je veux créer un choc perceptif qui s’adresse directement au monde intérieur profond du spectateur. La désorientation qui l’accompagne fait écho au mystère de chaque être », confie l’artiste. Hétérogène, morcelé, l’univers coloré de Madeleine Roger-Lacan se donne comme une rêverie qui travaille sur l’érotique de l’inconscient et la nature ambivalente du désir. Entre réalité physique des choses et illusion fantasmatique.”

Amélie Adamo, 2023

 

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« Patience and slowness are necessary to dreaminess» said Bachelard.
Fragments of a profound and personal reality aggregates to my experiences of a contemporary world in its most entertaining, superficial, artificial aspects. We can blame the shallowness of this world in saturated colours, but it has always attracted me for its ceaseless movement and its irresistible visual and sentimental seduction. It resonates with my need to intensely experience events, encounters, desire, love.The absence created by death also led me to make paintings to fill the void or try to put an image on it.
When I paint I want to create a perceptive shock that addresses directly to the viewer’s deep inner world. The disorientation that comes with it echoes the mystery of every being . Patience and slowness are maybe also necessary to look at my paintings.
I want the viewer to dream and dialog alone with the materiality and the forms born in each « painting-event ». Therefore, the initial dreaminess starts a new cycle and creates a dialog of intimate freedom.

Madeleine Roger Lacan, January 2021

 

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Madeleine‘s work is painting, which for her is not limited to two dimensions in a rectangle. It is rather a process in which her own paintings become raw material for new combinations. In courageous acts of controlled destruction she might cut up a delicate portrait, which she has just finished, to paste the face onto another canvas where it starts a conversation in its new environment. She might cut a hole to let us see the unglamorous stretcher bars and the thinness of the canvas or she might nail another painting onto the canvas. Objects get fixed to the surface. Everything changes its form, everything becomes material, changes configurations and starts to expand in the space. Language makes its way into the paintings, spreading out over walls, poetic, disturbing or funny, you have the choice.
In a playful way the condition of painting becomes a central theme, as does the process of making art, by leaving the traces of all the different stages of her work visible in the final result. If there is a final result, as everything might change again in the next outing of the work in another exhibition. But all this reflection on the nature of painting is not just self- sufficient theory but in startling symbiosis with her reflections on life. With unconditional openness and no fear of embarrassment she paints about herself, about life, love and death in the age of the internet.

Tim Eitel, 2019

 

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Madeleine Roger-Lacan a choisi d’être un peintre « expérimenteur ». Elle se nourrit d’un amoncellement d’idées et de chemins qui peuvent paraître parfois éclectiques – objets, bouée trouvée sur internet, photos, découpes, draps de lit, un miroir et son reflet. Du coté de l’histoire de l’art, elle cite la grande peinture de Poussin, l’univers de Gilles Aillaud, les pliages d’Hantai, les américains Rothko, Pollock ou Rauschenberg et le groupe BMTP. Et aussi des femmes artistes comme Niki de Saint Phalle ou les plus contemporaines Nicole Einsenman et Dana Schutz.
Si son travail joue avec la figuration, il en prend toutes les audaces et les libertés. Proches pour certaines toiles du surréalisme belge avec Magritte en référence, ses tableaux possèdent la même fronde, la même ironie et le même esprit de révolte, que l’artiste cultive au moyen d’un travail de sape et de détournement tout en insistant sur la matérialité du support. Ce sont des jeux d’assemblage qui maltraitent la toile – comme d’ailleurs le papier – pour l’affranchir de l’image peinte et en faire surgir la dualité d’un palimpseste, comme un récit intime toujours réécrit.
La peinture figurative de Madeleine Roger-Lacan, en effet, se charge plus d’affectivité que d’histoires. L’artiste travaille sur les images que véhicule sa mémoire, comme sur un matériau relevant d’un fond commun. Elle construit patiemment un réseau de cheminements aléatoires où l’oeil prend plaisir à s’égarer et à vouloir en démêler les sources et les sens. Les couleurs dissimulent de subtiles textures. A terme, les peintures sont surprenantes, très personnelles, manifestant la volonté de circonvenir une image prétexte pour faire exploser une constante remise en question de la peinture.

Françoise Docquiert, 2019

Madeleine Roger-Lacan, artist — portrait © Timothée Chambovet